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« L’entreprise doit être à l’image de la société »

Interview de Jean-François Ode, Directeur des Ressources Humaines d’Aviva et membre du comité exécutif, en charge de la gestion de crise.

Interview parue dans le n°43 de Décisions durables

Comment vous êtes-vous préparé à cette crise ?

La première fois que nous avons parlé du Covid, c’était au mois de janvier. Dès le 5 février nous avons réuni notre comité de crise pour préparer toutes nos activités. Techniquement nous étions au point : tous nos collaborateurs ont un ordinateur et un téléphone professionnels depuis longtemps, et la grève des transports de novembre nous avait déjà fait multiplier par 4 notre capacité VPN pour atteindre les 4 000 connexions. C’est humainement que l’adaptation a été plus difficile, comme c’est souvent le cas. Et pourtant,

nous avions déjà 40 % de nos effectifs régulièrement en télétravail ! Pour un manager, c’est une chose de gérer quelques personnes qui travaillent à distance deux jours dans la semaine. C’en est une toute autre de manager 100 % de ses effectifs confinés tous les jours pendant deux mois.


Qu’avez-vous mis en place pour aider vos collaborateurs ?

La bienveillance est profondément ancrée dans notre culture, chez Aviva. Parce que nous savions qu’il était particulièrement difficile de conserver un équilibre vie pro/vie perso avec les écoles fermées, nous avons annoncé d’emblée une réduction du temps de travail de 10 à 50 % pour les parents d’enfants en bas âge, d’enfants handicapés ou pour ceux qui avaient des parents âgés sans solution d’aide à domicile. Le tout, bien entendu, sans aucune réduction de leur rémunération ou de leurs droits au congé, à l’intéressement… Du côté des managers, nous avons mis en place des ateliers avec un coach et développé une plateforme d’échange de bonnes pratiques pour maintenir le lien social, créer de nouveaux rites… Le tout accompagné d’outils et d’articles pour nourrir leur réflexion. En complément, nous avons également créé un atelier psychologique pour leur apprendre à détecter les signes avant-coureurs de stress ou de burnout dans leurs équipes. Aujourd’hui le déconfinement s'accélère, certains ont du mal à remettre les pieds dehors, à repartir comme avant. Nous les accompagnerons pour nous assurer de leur bonne mobilisation à la fin de l’été.


Que retenez-vous de cette expérience ?

Nous avons lancé fin mai une demande de retour d’expérience à chacun de nos collaborateurs. Il est encore trop tôt pour en faire une analyse poussée et objective. Mais

en dépit de toutes les difficultés, les choses ont globalement bien fonctionné :

  • la productivité a été au rendez-vous, avec aucun retard sur la gestion de nos sinistres, les demandes client…

  • nous n’avons eu à déplorer qu’un seul cas de fort stress sur plus de 4 000 collaborateurs.

Cela nous a également permis de tirer quelques enseignements. Par exemple, qu’il était possible de raccourcir les process de décision. Chacun ayant dû faire des choix dans son agenda, tout le monde s’est centré sur l’essentiel. À voir toutefois si, à long terme, cela n’a pas un impact négatif sur l’innovation.


Pensez-vous que cette crise aura un impact durable ?

Le télétravail va se généraliser. Nous étions à 40 %, je pense que nous serons à 60 % très rapidement. Ce n’est pas anodin, cela va bouleverser la manière dont nous concevons le

bureau et les espaces de travail. Il va nous falloir trouver de nouvelles manières de faire vivre une culture d’entreprise, de générer des interactions, un esprit d’équipe, de susciter

l’innovation… Plus loin, je pense que l’entreprise devra répondre de plus en plus aux exigences de la société. Pour cela, elle doit lui ressembler, dans toute sa diversité. Ce n’est

qu’ainsi qu’elle pourra anticiper les grands changements et tirer dans le bon sens.